Une nouvelle impulsion
A ce moment-là, une nouvelle réunion de réalisation nous poussait à aller plus loin dans la création. Impossible en effet de rester à ce stade. Le documentaire est trop journalistique. Il nous faut un regard humain, une vision plus humanisée des évènements. C’est ainsi que d’ouragan, Hugo devient personnage, témoin des évènements, de l’évolution du Péyi Gwadloup. Le corps du documentaire reste le même. L’idée directrice reste la même. Devra-t-on ou non ajouter des interviews ? Là est la question. Plus tard, beaucoup plus tard, il faudra penser un format plus long. Nous partions, il y a plus de trois ans maintenant sur la base d’un documentaire de 26 minutes. La productrice envisage désormais un documentaire de 52 minutes. Le côté humain est défini. Irons-nous plus dans nos investigations ? C’est l’idée.
Le sujet mérite en effet une analyse sociologique, politique. Intégrer l’avis des hommes politiques héritiers de cette époque est une piste ; Tout comme d’ailleurs de poser la question à la jeunesse d’aujourd’hui. Pourquoi ne pas envisager en effet de l’interroger sur ce qu’elle sait de la Guadeloupe d’avant, de la Guadeloupe d’antan ? Autant de questions qui méritent d’être posées comme un bilan nécessaire à l’avancée sur d’autres bases.
C’est là où nous en sommes aujourd’hui.
C’est ce vers quoi nous souhaitons avancer aujourd’hui.
Mêler les genres
Impossible de ne pas faire avec ce qui est.
La cadence est différente. L’histoire s’écrit différemment. La patience est de mise désormais. La richesse artistique également. La reconnaissance même petite. L’Unesco est en passe de reconnaître le gwo ka, patrimoine de l’humanité. Et cette nouvelle : l’ONU, l’organisation des nations unies vient de reconnaître la Nouvelle Calédonie "territoire à décoloniser".
Nous ne saurions écrire cette histoire sans percevoir celle qui avance, celle qui change.
Nous ne saurions écrire cette histoire en faisant l’impasse sur ces grands témoins que sont Félix Cotellon, dont le combat est en passe de devenir réalité. Nous ne saurions l’écrire sans parler de ces maîtres qui partent et de ceux qui restent. Nous ne saurions écrire cette histoire sans l’intervention des étudiants, ces chercheurs qui tentent de proposer l’alternative.
Nous ne saurions faire ainsi. Nous ne saurions faire sans tous ceux-là.
Nous souhaitions achever le documentaire sur cette phrase de Fanon qui énonce le défi de chaque génération, de la nôtre désormais connaisseuse, désormais cultivée, désormais ouverte à l’ouverture, une génération d’autant moins excusable qu’elle vit ce monde globalisé à l’instar de toutes les autres civilisations et qu’elle dispose des mêmes moyens, des mêmes outils de réflexion : Internet, le voyage, l’échange possible, l’exemple de l’ailleurs, la rencontre avec l’autre, l’ethnocentrisme impossible. C’est, sans trop s’éloigner du corps, de l’essence qui a prévalu à la construction de ce documentaire, c’est à l’aune de ces informations et des champs de recherches nouveaux qui s’offrent à nous que nous travaillerons sur ce projet, Hugo, qui, loin de ne se focaliser que sur le cyclone, se veut une marque, un point de vue sur le temps qui passe et avance.
Un temps qui continue d’avancer et qui, à l’instar de celui que nous étudions dans nos écoles, nécessite quelques marqueurs forts.
Hugo, le cyclone, fut, sans conteste, un marqueur. Le mouvement social qui ébranla un ordre établi depuis si longtemps en fut un autre. A nous de les inscrire, de les révéler. A nous de ne pas faillir, de sortir de l’opacité et de ne pas trahir la mission qui est la nôtre, forts comme nous sommes des opportunités dont nous disposons. De ces moyens dont il a été question.